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Freelance, portage ou CDI : vers la fin du modèle classique des ESN ?

Freelance, portage ou CDI : ces trois modalités de travail redessinent aujourd’hui les contours d’un secteur longtemps dominé par un modèle unique — celui des ESN (Entreprises de Services du Numérique). 

Pendant des décennies, les ESN ont été la voie royale pour structurer les carrières IT, fournir un cadre sécurisant et servir d’intermédiaire entre talents technologiques et entreprises en demande. 

Mais ce paysage se transforme rapidement : les attentes des ingénieurs évoluent, les entreprises veulent plus de flexibilité et les modes de collaboration se diversifient. Alors, assiste-t-on réellement à la fin du modèle traditionnel des ESN ? Ou simplement à sa transformation ?

Dans cet article, nous allons explorer en profondeur ce changement structurel : les raisons sociologiques, économiques et réglementaires qui le provoquent, les nouveaux modèles qui émergent (freelancing, portage salarial, hybride), ainsi que les impacts pour les ESN, les entreprises clientes et les talents tech.

1. Le modèle ESN : une réussite historique mais en perte d’attractivité

Les ESN ont longtemps été incontournables. Ce modèle répondait à trois besoins essentiels :

  • Pour les entreprises : une externalisation simple des compétences sans augmenter la masse salariale.
  • Pour les ingénieurs : une première porte d’entrée vers le monde professionnel, des missions variées, un cadre rassurant.
  • Pour le marché : une structuration des compétences technologiques grâce à un intermédiaire capable de recruter, former, et placer.

Cependant, depuis 5 à 7 ans, plusieurs signaux d’essoufflement apparaissent :

Un taux de turnover très élevé

Les consultants quittent les ESN de plus en plus tôt, souvent après 1 à 2 ans seulement. Les raisons sont connues :

  • manque de reconnaissance,
  • rémunération jugée faible par rapport à la valeur produite,
  • peu de perspectives d’évolution réelle,
  • frustration d’être « ressource » plus qu’acteur,
  • éloignement du management et processus rigides.

Une perception du modèle qui se dégrade

Les jeunes diplômés recherchent plus d’autonomie, de transparence et d’impact. Or dans certaines ESN, le modèle est encore basé sur :

  • la facturation au quotidien,
  • une hiérarchie intercalée,
  • des choix de mission parfois imposés,
  • une logique de marge plutôt qu’une logique de carrière personnalisée.

La montée des alternatives

La transformation du marché de l’emploi tech met en concurrence directe les ESN avec :

  • les startups et scale-ups,
  • les centres de compétences internes des grands groupes,
  • les plateformes de freelances,
  • les collectifs tech,
  • le portage salarial modernisé.

Le monopole de fait des ESN n’existe plus.

2. L’essor fulgurant du freelancing : liberté et rémunération

Le freelancing a explosé dans le secteur IT. La raison est simple : les développeurs, DevOps, architectes cloud ou experts cybersécurité sont extrêmement recherchés.

Pourquoi les talents IT choisissent-ils le freelancing ?

✔ Une rémunération 30 à 60 % plus élevée qu’en ESN

Un consultant facturé 600 € / jour en ESN en touche parfois moins de la moitié. En freelance, cette différence disparaît.

✔ Le contrôle complet sur les missions

Le freelance choisit :

  • où il travaille,
  • pour qui,
  • pendant combien de temps,
  • à quel tarif.

✔ Une qualité de vie bien meilleure

Pas de pression commerciale, pas de reporting inutile, pas d’objectifs imposés.

✔ Un marché qui s’y prête

La pénurie de talents dans l’IT rend les freelances attractifs et légitimes.

Les limites du freelancing

Tout n’est pas parfait :

  • gestion administrative,
  • périodes d’intercontrat,
  • nécessité de se vendre régulièrement.

Cependant, ces contraintes sont de mieux en mieux gérées grâce à des outils, assistants virtuels, plateformes et collectifs.

3. Le portage salarial : la sécurité du salariat, la liberté du freelance

Le portage salarial s’est imposé comme un compromis idéal pour beaucoup.

Pourquoi le portage séduit autant ?

✔ Un statut sécurisant

Le consultant porté a :

  • un contrat de travail,
  • une protection sociale complète,
  • des congés payés,
  • une mutuelle.

✔ Une liberté comparable au freelancing

Il fixe son TJM, choisit ses missions et est autonome.

✔ Un cadre administratif simplifié

La société de portage gère tout : facturation, contrats, relances, comptabilité.

✔ Moins de risques juridiques

Pour les entreprises clientes, c’est une solution sûre et conforme.

Le portage salarial devient donc une alternative sérieuse aux ESN pour les missions longues et les profils experts.

4. Le CDI : stabilité recherchée mais remis en question

Malgré l’essor du freelance et du portage, le CDI n’a pas disparu. Il reste :

  • sécurisant,
  • adapté aux profils qui veulent se projeter dans une entreprise,
  • cohérent pour les projets internes,
  • important pour certaines équipes où la continuité est clé.

Cependant, dans la tech, le CDI est moins central qu’avant.

Pourquoi le CDI attire moins dans l’IT ?

  • salaire souvent inférieur au marché,
  • missions moins variées,
  • carrière plus lente,
  • manque de mobilité interne dans certains groupes.

Lorsque les ingénieurs découvrent qu’ils peuvent gagner deux fois plus avec plus de flexibilité, beaucoup revoient leurs priorités.

5. Les entreprises veulent plus de flexibilité et d’expertise

La demande ne vient pas seulement des talents : les entreprises clientes poussent elles aussi vers ces nouveaux modèles.

✔ Besoin d’experts immédiatement opérationnels

Le freelancing est idéal pour cela. Sur certaines techno (Kubernetes, cloud AWS/GCP, DevSecOps, cybersécurité), les profils les plus pointus sont souvent freelances.

✔ Réduction de la dépendance aux ESN

Les coûts explosent. Les entreprises veulent diversifier leurs sources de compétences :

  • freelances directs,
  • portage,
  • collectifs spécialisés,
  • recrutement interne.

✔ Contrats plus souples

Les directions achats aiment pouvoir :

  • arrêter une mission rapidement,
  • moduler les ressources,
  • payer uniquement pour la valeur produite.

Ce que les ESN proposent parfois moins facilement.

6. Vers la fin du modèle classique des ESN ?

La question se pose réellement. Voici les signaux les plus importants.

A. Les ESN traditionnelles perdent leurs talents

La fuite vers le freelancing est massive. Les consultants seniors quittent progressivement les ESN. Sans eux, il devient difficile de répondre aux besoins des clients.

B. Les clients remettent en cause la marge

Certaines entreprises refusent de payer 700 € / jour pour qu’un consultant en touche 300.
Il y a une recherche de transparence et de relation directe.

C. Les ESN low-cost créent une pression supplémentaire

Des acteurs offshore cassent les prix. Les ESN intermédiaires sont prises en étau entre :

  • les freelances experts très chers,
  • les centres de services offshore très abordables.

D. La digitalisation du marché favorise l’indépendance

Plateformes, places de marché, collectifs… Les ingénieurs trouvent des missions sans intermédiaire.

E. Les jeunes générations rejettent les modèles rigides

Elles veulent :

  • flexibilité,
  • autonomie,
  • reconnaissance,
  • transparence,
  • challenge.

Les ESN doivent réinventer leur proposition de valeur.

7. Mais les ESN ne vont pas disparaître : elles vont évoluer

Le modèle classique décline, mais le secteur ne va pas s’effondrer. Il va changer.

Les ESN qui survivront seront celles qui :

✔ deviennent de vraies communautés tech

Formations, certifications, mentoring, meetups…

✔ offrent un accompagnement carrière individualisé

Pas seulement du staffing.

✔ adoptent la transparence sur la marge

Un partage clair et assumé.

✔ s’ouvrent au freelance et au portage

Les ESN hybrides se développent :

  • pool de salariés,
  • réseau de freelances,
  • consultants portés.

✔ se spécialisent fortement

DevOps, cloud, QA, cybersécurité, data engineering, FinOps…

✔ investissent dans l’IP et les plateformes

Les ESN « produit + service » seront les plus compétitives.

8. Quel scénario pour la prochaine décennie ?

Voici trois tendances très probables.

Scénario 1 : l’hybride devient la norme

Les entreprises combinent CDI + freelance + portage selon les besoins.
Les ESN deviennent des orchestrateurs de compétences.

Scénario 2 : les collectifs d’indépendants explosent

Ils proposent expertise + flexibilité + proximité.
Un modèle redoutable pour les ESN traditionnelles.

Scénario 3 : le CDI se recentre sur les équipes stratégiques

Le salariat reste pertinent dans :

  • les projets internes structurants,
  • la R&D,
  • l’encadrement,
  • les fonctions de production long terme.

La fin d’un modèle, mais pas du secteur

Le modèle classique des ESN — centralisé, opaque, basé sur la marge et la rotation des consultants — touche à sa fin.
Mais le secteur, lui, ne va pas disparaître. Il se transforme profondément.

Les consultants souhaitent :

  • liberté,
  • rémunération juste,
  • reconnaissance,
  • missions à impact.

Les entreprises recherchent :

  • expertise pointue,
  • réactivité,
  • flexibilité.

Freelance, portage ou CDI ne sont pas des modes concurrents, mais des réponses différentes à des besoins différents.

La clé pour les ESN sera de devenir agiles, transparentes et centrées sur la valeur, plutôt que sur le volume.

Le futur des ESN n’est pas la disparition, mais l’hybridation et la spécialisation. Ceux qui comprendront cela maintenant seront les leaders de demain.